Politique

Dauphin: l’ex-Katanga et le Maniema se bousculent au portillon

Jan 05, 2018 Rédaction Africa News

Dans son message de vœux de nouvel an 2018 adressé à la Nation le 31 décembre dernier, le Président de la République, Joseph Kabila Kabange, a évoqué le caractère irréversible de l’organisation des élections en décembre prochain, conformément au calendrier publié par la Commission électorale nationale indépendante -CENI. Toutes les batteries sont mises en marche pour que le camp présidentiel conserve le pouvoir aux prochains scrutins. A la lumière de la Constitution et de l’Accord politique global signé le 31 décembre 2016 sous les bons offices de la CENCO, l’actuel Chef de l’Etat ne pourra pas briguer un troisième mandat. Après deux mandats consécutifs, Joseph Kabila est appelé à désigner son dauphin au sein de sa famille politique, la Majorité présidentielle. Dans le cercle présidentiel, des indiscrétions font état de la désignation d’un dauphin probable d’autant plus que le Chef de l’Etat, fort de son inéligibilité pour un troisième mandat, aurait déjà informé les siens de se préparer en conséquence aux élections. Du coup, le fauteuil de dauphin intéresse ses proches. Selon ce qui se chuchote, les ressortissants de l’ex-Katanga et ceux du Maniema ne cacheraient plus leurs ambitions légitimes de succéder à Kabila.

 

Qui sera le dauphin de Joseph Kabila pour porter le flambeau de la Majorité au pouvoir à la prochaine élection présidentielle? La question vaut son pesant d’or. Après le message des  vœux de nouvel an du Chef de l’Etat adressé à la nation dans lequel il a affirmé le caractère irréversible de l’organisation des élections le 23 décembre prochain, la cellule stratégique électorale de la Majorité présidentielle dit avoir pris toutes ses dispositions pour affronter ces élections avec des arguments solides. Déjà, la CENI a planté le décor en demandant aux potentiels candidats d’apprêter leurs dossiers de candidature.

La grande surprise sera la découverte de l’identité du candidat de la MP à la présidentielle. Sans nul doute, l’actuel Président de la République Joseph Kabila Kabange, a déjà épuisé ses deux mandats constitutionnels et ne devrait pas se représenter pour la 3ème fois. Du coup, la désignation de son dauphin taraude les esprits. Si l’on s’en tient au calendrier électoral global publié par la CENI le 5 novembre 2017, les noms des candidats Présidents de différentes plateformes politiques seront connus probablement à partir du mois de juin 2018.

A la Majorité présidentielle, Kabila a demandé à ses troupes de se mettre en ordre de bataille pour les prochains scrutins. La communication du nom de son dauphin interviendra le moment venu pour rassembler tout le monde autour de sa candidature. Cette question est très sensible et délicate au point que ça bouillonne au sein de la MP, même si les opérateurs politiques n’osent pas en parler clairement en public pour des raisons évidentes.

Selon certaines indiscrétions, deux clans se préparent à présenter un dauphin à Joseph Kabila. Il s’agit des ressortissants de l’ex-province du Katanga et ceux du Maniema dont l’actuel Président est originaire tant des côtés paternel que maternel. L’ex-Katanga réclame la succession au nom de la paternité tandis que le Maniema y croit aussi au nom de la maternité. Mais les seuls arguments parentaux ne suffisent pas pour s’attribuer la part du lion.

D’autres critères non moins objectifs entrent en ligne de compte dont la fidélité au Chef et le soutien indéfectible en termes de capacité de mobilisation de la population.  Dans la foulée, le Maniema, une province qui a bénéficié le plus des largesses du pouvoir en place avec l’avènement d’Augustin Matata Ponyo à la tête du gouvernement central, revendiquerait sa fidélité à Joseph Kabila.

«Dans certaines provinces issues du découpage de l’ancien Katanga, il y a des opposants qui ne sont pas avec Kabila et leur opposition ne fait que s’accentuer. Mais au Maniema, il n’y a pas d’opposition avérée contre lui. Presque tous les hommes politiques avec l’appui de la population soutiennent le Chef», affirme-t-on, la main sur le cœur, au sein du clan Maniema. Et de poursuivre que l’ancien Premier ministre Matata Ponyo et l’actuel vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur et sécurité, Emmanuel Ramazani Shadary, abattent un travail des Titans qui a convaincu leur base pour soutenir les actions menées par Joseph Kabila dans son vaste programme de la Révolution de la modernité.

«Aujourd’hui la ville de Kindu, chef-lieu du Maniema, est en pleine modernisation avec à la clé la construction de la voirie urbaine, l’aéroport déjà modernisé et opérationnel, l’université terminée ainsi qu’un stade aux dimensions olympiques. Tous ces ouvrages sont estampillés Joseph Kabila. Et les populations ne sont pas ingrates pour oublier tous ces efforts», rapporte-t-on.

Mais les Katangais ne sont pas en reste. Clan au pouvoir, ils sont nombreux à trôner au sein des institutions de la République pour savourer leur gâteau. Ils n’entendent pas perdre l’imperium qu’ils détiennent aujourd’hui à travers Joseph Kabila. Ils tiennent mordicus à pérenniser l’héritage du président Laurent Désiré Kabila, tombeur du maréchal Mobutu Sese Seko. C’est le combat que mène nuit et jour l’actuel secrétaire général du PPRD Henry Mova Sakanyi pourla conservation du fauteuil présidentiel par son parti.

«A ce stade, Kabila aura à opérer un choix judicieux dans ce drame cornélien entre ses proches du Katanga et du Maniema pour sa succession à la magistrature suprême», note un analyste. Cet avis n’est pas partagé par tout le monde. D’abord, la RD-Congo n’est pas une dynastie pour être dirigée par la seule lignée familiale, qu’elle soit paternelle ou maternelle, cogne un observateur. Du fait que le pays a été dirigé de 1997 à 2001 par Laurent-Désiré Kabila, puis de 2001 à 2018 par Joseph Kabila, son fils, tous deux originaires de l’Est du pays, le pouvoir pourrait aussi basculer à l’Ouest où la MP compte des personnalités politiques de grand gabarit disposant de solides assises dans la population. Ici, aussi les lignes bougent. La voie est déblayée par Aubin Minaku, président de l’Assemblée nationale et secrétaire général de la MP, dont le nom est revenu plusieurs fois ces derniers mois dans les salons huppés de Kinshasa et les arcanes du pouvoir comme potentiel dauphin.

A l’Ouest, on peut également compter avec la détermination des cadres et militants du Parti lumumbiste unifié -PALU, parti d’Antoine Gizenga. Il y a un deal signé entre Kabila et le PALU depuis le deuxième tour de l’élection présidentielle en 2006. Ce deal qui nécessite d’être évalué et réadapté. Le PALU qui a soutenu Kabila durant deux mandats consécutifs, attendrait le retour de l’ascenseur. L’opinion se souviendra qu’en 2011, AfricaNews avait titré en sa manchette: «Kabila en 2011, PALU en 2016». Au nom de la consolidation  de ce deal et de la sauvegarde de ses acquis, à savoir le pouvoir actuel, des stratégies se peaufinent dans l’ombre.

D’ailleurs, un autre analyste politique avisé souligne que la révision de la loi électorale avec l’insertion du seuil national de représentativité fixé à 1%, apporterait une bouffé d’oxygène à la MP et ses sociétaires qui se sentiraient à l’aise car le PPRD et le PALU sont en mesure de dépasser ce seuil.

Cependant, les calculs de la MP se buteraient aux stratégies d’autres adversaires politiques de taille, notamment ceux du Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement. Avec Moise Katumbi, candidat président déclaré du G7, Félix Tshisekedi, Vital Kamerhe de l’UNC, Eve Bazaiba du MLC, auxquels se greffent d’autres têtes pensantes et agissantes de la trempe de Claudel-André Lubaya, Martin Fayulu, Christophe Lutundula, Delly Sessanga et consorts, la conquête du fauteuil présidentiel ne sera pas une mince affaire. A ce stade, prétendre avoir la victoire en poche relèverait d’une profonde cécité et d’une naïveté criante. Tout peut arriver. A chaque camp de développer des stratégies conséquentes pour s’attirer les faveurs de la population.

Octave MUKENDI