Politique

Elections le 23 décembre: Lubaya n’y croit pas

Mai 09, 2018 Rédaction Africa News

Député national élu de la ville de Kananga, Claudel André Lubaya est à la fois président de l’Union démocratique africaine Originelle -UDA Originelle-, président de l’Alliance des mouvements du Kongo -AMK-, plate-forme politique électorale et coordonateur de Ensemble pour le changement pour la coordination régionale du Kasaï. A sept mois de l’organisation des élections prévues par la CENI, il est sceptique. Selon lui, au vu des obstacles majeurs qu’il a répertoriés, les élections présidentielle, législatives, nationales et provinciales prévues le 23 décembre prochain n’auront pas lieu. Il rend le Président Kabila ainsi que la CENI responsable de cette situation tendant à ne plus organiser des élections. Découvrons la teneur de sa tribune.

RDC-Élections: 10 obstacles majeurs

Beaucoup de Congolais attendent les élections au 23 décembre 2018. Y parvenir est un parcours de combattant. Plusieurs obstacles sont dressés pour éloigner cette perspective. Seule la perspicacité dans l’analyse peut permettre d’identifier les goulots d’étranglement de façon à déjouer les pièges. Parmi ces obstacles dont la liste n’est pas exhaustive, il y a lieu de citer:

  1. Joseph Kabila, en poste depuis 2001, il est lui-même à la manœuvre et dicte la ligne à suivre à tout le processus électoral. Frappé d’inéligibilité par la constitution, c’est lui qui, depuis 2016, empêche la tenue des élections auxquelles il ne sera pas candidat. La CENI, c’est son bien, sa boîte et ses animateurs ses proches collaborateurs. Il tient dans sa main la vie politique, le fonctionnement des institutions. L’exécutif, le législatif et les cours et tribunaux, les renseignements, l’armée comme la police, tous sont à son service et l’accompagnent aveuglément dans son ambition de confisquer et se maintenir au pouvoir. Ils ne sont pas prêts à le lâcher.
  1. La CENI, institution d’appui à la démocratie dans l’esprit du constituant, la centrale électorale assume aujourd’hui le rôle de bras séculier dans la stratégie de conservation et de confiscation du pouvoir. Elle s’emploie, au quotidien, à empêcher la tenue des élections au moyen de plusieurs astuces. Inféodée au pouvoir en place, la CENI n’offre aujourd’hui aucune garantie, même infime, de tenue des élections. Elle paie des cabinets étrangers pour faire son lobbying auprès des gouvernements américains, français, britanniques et autres. Bref, la CENI est un organe politique essentiel du dispositif de conservation du pouvoir.
    A ce titre, elle a perdu toute crédibilité, toute impartialité et toute neutralité.
  1. La loi électorale. Élaborée par les stratèges de la mouvance au pouvoir et adoptée dans les conditions les plus opaques au Parlement, cette loi est un outil de conservation du pouvoir et d’exclusion des adversaires. Sa mise en œuvre pose tellement de problèmes qu’elle exclut la grande majorité des citoyens de la participation aux élection, violant ainsi pour la énième fois la constitution. Tous les recours introduits contre cette loi ont été rejetés par la Cour constitutionnelle et ce, sur des bases partisanes.
  2. La machine à voter. Interdite dans la constitution et dans la loi électorale, la machine dite à voter est une invention de dernière minute imposée par le pouvoir en place et sa complice de CENI pour préparer les conditions d-un hold-up électoral difficile à contester. Équipée d’un logiciel préprogrammé, la machine à voter est un moyen simple de tricher aux élections sans fournir le moindre effort. Bien que rejetée par l’opposition, la société civile et les partenaires extérieurs de la RDC, la CENI y tient comme à la prunelle de ses yeux et la défend bec et ongles. C’est la source du chaos en préparation.
  3. La terreur d’État: si les élections sont un moment de compétition pour tous les acteurs, en RDC, le pouvoir ne l’entend pas de cette oreille. Il prend plusieurs mesures pour imposer un climat de terreur au sein de l’opinion de façon à empêcher les partis et leurs partisans à se préparer aux élections: enlèvements et séquestrations, détentions arbitraires, interdiction des réunions et rassemblements, meetings publics et autres sont autant d’obstacles délibérément créés pour empêcher la tenue des élections
  4. La non mise à disposition des moyens financiers. Initialement soutenu par la communauté internationale, le processus électoral est désormais, d’ordre du gouvernement, financé exclusivement sur fonds propres. Pour quel motif, quand on sait que pour le pouvoir, «les élections coûtent plus cher que le développement». En rejetant tout appui financier extérieur, le pouvoir a voulu préparer l’opinion à accepter l’alibi de faible mobilisation des ressources internes pour justifier le report éventuel.
  5. Non application des mesures de décrispation. Contenues dans l’accord de la Saint Sylvestre, elles concernent la libération des prisonniers politiques, le retour des exilés, la libération des médias publics, etc. Le pouvoir y reste insensible et ce, malgré toutes les pressions qu’il reçoit.
  6. Recrudescence de l’insécurité. A l’approche de la date des élections, il s’observe la multiplication des foyers d’insécurité sur une bonne partie du territoire national. Les Kasaï, Beni, Goma, Ituri et partout ailleurs sont autant de foyers visiblement créés pour empêcher la tenue des élections. Le président de la CENI l’a d’ailleurs évoqué dans l’une de ses sorties médiatiques. Zone opérationnelle, le Kasaï est un espace en guerre où les militaires dictent leur loi.
  7. La Cour constitutionnelle. Élément clé du dispositif de conservation du pouvoir et de vandalisation de la République, le juge constitutionnel est aujourd’hui partisan et engagé si bien qu’il a perdu toute impartialité et toute neutralité que lui impose sa fonction. Il dit le droit selon le fait du prince.
  8. Le PPRD: arrivé au bout de course et décrié pour sa gestion calamiteuse sur fond de scandales à répétition, le PPRD peine à aller dans l’opposition et tient à conserver le pouvoir peu en importe le prix. Alors que le pays est régi par le pluralisme politique, le PPRD fonctionne comme un parti-Etat qui impose aux fonctionnaires une adhésion obligatoire. Toutes les entreprises publiques et toute l’administration publique sont aux mains de ses affidés qui utilisent et abusent des moyens de l’Etat pour faire vivre ce parti.

Honorable Claudel André LUBAYA