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Le grand dilemme: Comment intégrer le bureau de la CENI?

Nov 18, 2017 Rédaction Africa News

En mai 2013, Samy Badibanga Ntita, alors président du groupe parlementaire UDPS et Alliés convainquit son groupe de désigner son ami Félix Tshilombo Tshisekedi au poste de rapporteur du nouveau bureau de la Commission nationale électorale indépendante -CENI. Contacté à Bruxelles où il réside, ce dernier accepte l’offre et descend sur Kinshasa, à charge pour lui de convaincre son «président de père», comme il l’appelle affectueusement. Refus catégorique du patriarche de l’UDPS, qui rappelle qu’il ne reconnaît ni l’Assemblée nationale, ni la CENI qui en sera l’émanation. A son grand désespoir, Félix Tshilombo se voit obligé de rejeter l’offre de ses amis, mieux, de le démentir publiquement. Depuis le lancement du processus démocratique post-Sun City, la Centrale électorale est toujours restée en travers de la gorge de la fille aînée de l’Opposition.

 

Déjà en 2006, pour avoir boycotté le processus électoral, l’UDPS fut exclue de la composition de la CENI en 2010. A cette époque, les trois postes dévolus à l’Opposition furent partagés par les trois groupes parlementaires, à savoir: le MLC, l’ODR et les Chrétiens démocrates. En effet, selon la loi organique modifiant et complétant la loi n°10/013 du 28 juillet 2010 portant organisation, attributions et fonctionnement de la Commission nationale électorale indépendante en son article 10, il est stipulé: «La CENI est composée de treize membres désignés par les forces politiques de l’Assemblée nationale à raison de six délégués dont deux femmes par la Majorité et de quatre dont une femme par l’Opposition politique».

En clair, ce sont les groupes parlementaires qui désignent les délégués à la Centrale électorale. Mais Roger Lumbala -le même- proposa aux trois groupes de l’Opposition de l’époque de réserver un poste à l’UDPS, bien que n’étant pas représentée à l’Assemblée nationale. Refus catégorique des autres groupes, Kiakwama en premier. Lumbala tenta alors de céder à l’UDPS le poste dévolu à son groupe parlementaire Ordre des démocrates républicains -ODR-  dont il était président. Ici encore, il se heurta au refus de ses compagnons du dit groupe. «Quand on prend plaisir à boycotter un processus, il faut en assumer les conséquences jusqu’au bout», déclara un opposant de l’ODR.

 

Propriétaire

Par conséquent, l’UDPS participa aux élections de 2011 sans un seul représentant au sein de la CENI, et tout le monde a vu ce qui s’est passé. Mais au lendemain de ces élections, Etienne Tshisekedi, répondant à un journaliste, déclara avoir annulé les élections législatives. De ce fait, aucun membre de l’UDPS ne pouvait siéger au sein d’une assemblée qui n’existe pas, les élections ayant été annulées. Pourtant, même un président de la République tenant son imperium à pleines mains n’a pas le droit d’annuler les élections, mais Etienne Tshisekedi avait cessé depuis longtemps d’être le président national de l’UDPS, il en était devenu le propriétaire.

Sa parole comme ses humeurs était la loi. En décembre 1980, dans une lettre héroïque -dite «Lettre des 13 parlementaires»- et qui déclencha la fronde qui conduisit à la création de l’UDPS, Etienne Tshisekedi et ses 12 collègues Commissaires du peuple écrivaient ceci à Mobutu: «Jusqu’à présent encore, vous laissez persister l’idée selon laquelle les paroles du Guide ont force de loi. La preuve en est qu’après votre discours du 4 février au Palais du peuple, vous avez amené le Conseil législatif à valider les pouvoirs des suppléants des Commissaires du peuple que vous aviez appelé à d’autres fonctions mais uniquement sur base de votre discours susmentionné, au mépris de la Loi. Et pourtant, le même jour et dans le discours, vous disiez que vous vous soumettiez aux Lois de votre pays».

Et aussi: «il vous arrive d’improviser en public, souvent brillamment d’ailleurs. Mais en votre qualité de politicien, vous êtes oblige de tenir compte de la psychologie de la foule selon que vous voulez enlever l’enthousiasme de la foule, vous ne résistez pas à la démagogie dont la tentation est forte en ces circonstances. Vous pouvez aussi commettre des lapsus linguae et cela est déjà arrivé. Comment comprendre que ces propos puissent tous constituer l’arsenal de la doctrine du parti sans aucun discernement? Comment voulez-vous que tout ce que vous dites ait la force de loi?». Des années plus tard, le «Lider Maximo» a dépassé de loin Mobutu dans son parti.

Non seulement ses paroles sont la loi à l’UDPS, mais il ne se donne même pas la peine de faire régulariser ses dires après coup par les organes habilités du parti comme Mobutu le faisait pour la forme. Que non: aucun organe statutaire de l’UDPS ne se prononcera sur la décision d’interdire ou non aux députés de siéger. Les 38 élus sur 42 qui décident malgré tout d’occuper leurs strapontins au Palais du peuple sont traités de traîtres et diabolisés comme d’habitude. On pousse les militants à les haïr. Pourtant, c’est grâce à leur présence dans l’hémicycle que le poste de rapporteur de la CENI a été accordé à l’UDPS. S’ils n’avaient pas été là, ce poste serait allé au MLC, tout simplement.

 

Envie d’intégrer la CENI

Devant le refus d’Etienne Tshisekedi de laisser son fils Félix occuper le poste, le groupe parlementaire décida alors d’organiser l’élection en son sein: Jean-Pierre Kalamba l’emporta sur Rémy Masamba, et devint donc rapporteur de la CENI. Mais en avril-mai 2015, l’UDPS, sur décision personnelle de son président -et non d’un quelconque organe du parti-, déposa ses candidatures aux élections provinciales à la même CENI qu’elle ne reconnaissait pas, émanation d’une assemblée nationale qui n’existe pas … C’est avec la conclusion de l’Accord de la Saint-Sylvestre que l’UDPS dévoile, enfin, son envie d’intégrer la CENI. Dès le 9 janvier 2017, Jean-Marc Kabund, secrétaire général du parti, écrit à Jean-Pierre Kalamba -voir fac-similé au bas de l’article- pour lui demander de démissionner au motif que le poste de rapporteur de la CENI «revient de droit à l’UDPS». Ah bon, et comment ça? Le SG de l’UDPS réserve copie au président de l’Assemblée nationale -tiens, tiens! elle existe enfin?-, aux évêques de la CENCO, à Etienne Tshisekedi mais omet volontiers le président du groupe parlementaire UDPS et Alliés, le seul habilité à désigner éventuellement le successeur de M. Kalamba.

Pourquoi? Pour une raison simple: reconnaître le groupe parlementaire reviendrait à admettre que le vieux patriarche avait commis une faute lourde en prétendant annuler les élections et en interdisant aux députés de siéger. A l’UDPS, après la mort ou l’exclusion des autres pères-fondateurs, ceux qui sont restés comme cadres ne traitent pas avec Etienne Tshisekedi, ils le vénèrent comme un Dieu au sens du verbe révérer. Sa parole, outre qu’elle fait office de loi, elle est en plus infaillible. Mobutu passerait pour un apprenti dictateur…

 

Entre le souhait et la réalité

A peine élu président du groupe parlementaire en remplacement de Samy Badibanga -le poste était resté vacant depuis la nomination de ce dernier à la primature- le Docteur Léon Mubikayi, député de Luebo -Kasaï-, réclame à son tour la démission du Rapporteur de la CENI afin, dit-il, de confier le poste au parti UDPS. Joint ce soir au téléphone, il nous a déclaré: «J’ai pris la direction du groupe parlementaire afin de le réconcilier avec le parti. Kalamba avait rétorqué à Jean-Marc Kabund que ce n’est pas le parti qui l’avait envoyé à la CENI, mais plutôt le groupe parlementaire. A présent que le groupe lui demande à son tour de démissionner, il n’a qu’à laisser le tablier afin de permettre au parti de pourvoir à son remplacement».

Mais le parti lui-même, est-il prêt à reconnaître le groupe parlementaire et, donc, de passer par lui pour désigner un nouveau rapporteur? Mieux, est-ce qu’il soutient la démarche de Léon Mubikayi? A ces questions, ce dernier n’a pas donné une réponse claire, se bornant à souhaiter la réconciliation au sein de l’UDPS. Entre le souhait et la réalité, il existe une marge que l’on ne franchit pas aussi vite. Surtout que Félix Tshilombo Tshisekedi, nouveau maître -propriétaire?- de l’UDPS, n’est pas prêt à assassiner de si tôt la mémoire de son défunt président de père.

 

Avec le site grands-lacs.org