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Mesures urgentes sur la santé du franc congolais: Yav Mulang fait le point

Août 21, 2017 Rédaction Africa News

En compagnie du gouverneur de la BCC Deogratias Mutombo, le ministre des Finances qui ne prend pas souvent parole devant la presse laissant la charge à son collègue porte-parole du gouvernement a, cette fois-ci, rompu le silence pour fixer l’opinion sur le niveau d’exécution des mesures gouvernementales prises pour arrêter la dépréciation de la monnaie nationale et chercher la stabilisation de sa valeur face aux monnaies étrangères

Le niveau de dépréciation du Franc congolais par rapport au dollar américain, spécialement atteint aux mois de juin et de juillet derniers, a préoccupé l’ensemble de la population RD-congolaise. Pour arrêter l’hémorragie, le Chef de l’Etat Joseph Kabila a instruit le gouvernement à mettre d’urgence en place des mesures susceptibles d’arrêter cette dépréciation, une des sources de l’inflation et de stabiliser la monnaie nationale. Après un grand déploiement du gouvernement, il était normal que l’opinion tant nationale qu’internationale soit édifiée sur le niveau d’exécution par le gouvernement, de ces mesures prises sous l’impulsion du chef de l’Etat.

Samedi 19 août, le ministre des Finances Yav Mulang, accompagné du gouverneur de la Banque centrale du Congo, Deogratias Mutombo, a animé une conférence de presse en son cabinet de travail pour faire le point sur l’impact réel de la mise en œuvre des mesures gouvernementales sur la santé du Franc congolais. Le ministre des Finances a signifié que ces mesures commencent déjà à produire des résultats encourageants.

Le ministre des Finances Henri Yav Mulang est une personnalité réputée taciturne, qui n’a pas l’habitude de s’afficher à la presse, parce qu’il a toujours supposé qu’il existe un de ses collègues ministres chargé de parler au nom du gouvernement. Mais face à une question particulière et cruciale touchant le social du peuple RD-congolais, le patron des Finances a jugé utile de faire le point, samedi 19 août à la faveur d’une conférence de presse en son cabinet de travail, pour édifier l’opinion tant nationale qu’internationale sur le niveau d’exécution des mesures gouvernementales prises pour arrêter la dépréciation de la monnaie nationale et chercher la stabilisation de sa valeur face aux monnaies étrangères. Le ministre s’est fait accompagner du gouverneur de la Banque centrale du Congo-BCC-, Deogratias Mutombo.

Devant les professionnels des medias, Yav Mulang a confirmé que la mobilisation gouvernementale commence à donner des résultats encourageants sur le terrain. Cependant, il a souligné qu’il poursuivre les efforts pour assoir une monnaie forte. «Quoiqu’il faille intensifier et poursuivre les efforts déployés, on peut raisonnablement entrevoir l’arrêt progressif de la dépréciation et une stabilisation de la valeur de notre monnaie nationale», a-t-il expliqué. Il a, par ailleurs, soutenu son argument en s’appuyant sur la moyenne mensuelle des taux de change pratiqués par les bureaux de change. «On constate qu’après avoir atteint 1.707,34 FC pour un dollar américain en juillet, cette moyenne s’est presque stabilisée depuis début août à 1.560 FC le dollar», a-t-il démontré.

Face à l’accélération de la dépréciation du Franc congolais constatée de fin juin à mi-juillet 2017 et ce, malgré une gestion maîtrisée des finances publiques, Henri Yav Mulang a fait savoir que le gouvernement n’a pas eu d’autre choix que de suspendre la quasi-totalité de paiements pour calmer le marché et ainsi, envisager d’autres mesures nécessaires à une stabilité durable de la monnaie nationale. Selon lui, cette décision a eu pour effet de décaler certains paiements importants du mois de juillet en août, notamment les salaires de certains services de l’Etat et la rétrocession aux régies financières.

Mais, a-t-il poursuivi, elle s’est avérée  fructueuse car elle a permis au gouvernement d’équilibrer ses comptes à la Banque centrale, de constituer une certaine marge de trésorerie pour le reste de l’année et de ramener le taux de change du Franc congolais, contre le dollar américain, autour de 1.550 FC contre 1.700FC au mois de juillet.

Par ailleurs, le ministre des Finances a reconnu que le gouvernement reste conscient que cette accalmie relative sur le marché des changes n’est pas suffisante et qu’au-delà de la politique d’ajustement budgétaire, il faut poursuivre les efforts pour assoir une monnaie forte. «C’est la raison pour laquelle une série d’autres mesures en faveur de la mobilisation des recettes internes et de la relance de la production nationale viennent d’être prises par le gouvernement, au terme des constats faits sur le terrain par différentes missions d’inspection dans certaines provinces, ordonnées par le Chef de l’Etat lui-même.

Adoptées dernièrement par le conseil des ministres, ces mesures sont certaines de portée générale, d’autres de portée spécifique, et toutes applicables les unes à court terme et d’autres à moyen et plus ou moins long terme», a fait savoir Yav Mulang.

A l’en croire, ces mesures portent notamment sur la suppression des taxes illégales, des frais administratifs d’interventions diverses exigés par différents services aux postes frontaliers ou ailleurs sur le territoire national, des points de contrôle sur les routes ou les voies fluviales, l’assainissement des aires  de dédouanement, l’intégration de toute la parafiscalité et autres revenus des prestataires en un taux unique, la stricte application du décret fixant à quatre le nombre des services autorisés à opérer aux frontières, la lutte contre la fraude, la contrebande, l’évasion fiscale, le renforcement des sanctions administratives et des poursuites judiciaires contre les agents  de l’Etat indélicats et les opérateurs économiques véreux, la mise en place d’une stratégie de promotion des exportations agricoles et des produits de l’industrie locale.

 

Rappel de quelques mesures

Parmi ces mesures, il y a aussi la construction des plates-formes logistiques dans tous les postes douaniers, l’accélération de l’informatisation et l’interconnexion des services des régies financières, dont l’inauguration du serveur installé dans le data center de l’immeuble du gouvernement aura lieu prochainement dans la perspective de la mise en place d’une chaine des recettes. A cet arsenal de mesures s’ajoutent également deux chantiers importants  dont la réalisation devrait permettre à la RD-Congo d’exploiter tout son potentiel fiscal et surtout d’orienter l’essentiel de ses ressources vers la construction des infrastructures de base, sociales et énergétiques.

Le premier chantier, selon le ministre des Finances, est celui de la réforme du système fiscal du pays, considéré aujourd’hui comme complexe, asphyxiant, tracassier et en définitive décourageant pour les initiatives privées. «C’est pour cette raison que sous le haut patronage du Président de la République, et suivant ses orientations personnelles, le ministère des Finances organise en septembre prochain, un forum national sur la réforme du système fiscal de la RD-Congo», a annoncé Yav Mulang.

Il a indiqué que cette réforme vise d’aboutir, à travers un diagnostic complet et précis des maux dont souffre le système fiscal du pays, à rechercher des solutions pour rendre la fiscalité simple, compétitive, attractive, à rendement élevé et au service du développement. Et pour assurer l’appropriation par tous les agents économiques de cette réforme, le gouvernement a opté pour une méthode participative et inclusive, en associant différentes couches socioprofessionnelle. Un deuxième chantier jugé important et incontournable par le ministre des Finances, pour le développement de de la RD-Congo est celui de la relance de la production agricole nationale et de l’agro-industrie.

«L’objectif est de chercher progressivement, tant à atteindre l’autosuffisance alimentaire et réduire ainsi la forte dépendance de notre pays vis-à-vis des importations, qu’à assurer la diversification de notre économie et par ricochet des sources de ses revenus», a-t-il signifié avant de rassurer l’ensemble du peuple RD-congolais de la détermination du gouvernement d’union nationale à tout mettre en œuvre pour stabiliser la monnaie nationale, préalable à la relance de l’économie du pays. Yav Mulang a rassuré l’opinion de l’existence de bons rapports entre le gouvernement RD-congolais et le Fonds monétaire international-FMI.

 

Quid de la politique monétaire?

Associé à cette conférence de presse, le gouverneur de la Banque centrale du Congo, Deogratias Mutombo,  est revenu sur la politique monétaire. «Nous avons mis en place une batterie d’instruments de politique monétaire obligatoire. Aujourd’hui, il y a 13 banques qui semblent être en difficulté avec la baisse en liquidité de la monnaie nationale. Les banques sont en déficit de trésorerie à la Banque centrale. Les gens ne veulent pas vendre les devises croyant qu’ils vont les vendre suivant leurs perspectives haussières qu’ils avaient prévues. Je vous rassure qu’ils vont vendre ça à perte», a interpelé le gouverneur de la BCC.Selon Deogratias Mutombo, c’est le moment pour les agents économiques de s’impliquent dans cette dynamique, car, ça fait près de 2 semaines, les banques n’arrivent pas à rassembler les francs pour couvrir les devises qu’elles ont prises à la Banque centrale.

Quant à l’ajustement budgétaire, le patron de la BCC a souligné que tout fonctionne à merveille avec des résultats palpables. Cependant, à l’en croire, l’ajustement budgétaire étant une mesure de portée conjoncturelle, il faut qu’il soit accompagné d’autres mesures structurelles pour plus de cohérence. «C’est pourquoi nous avons commencé par l’accroissement de l’offre en devises dans l’économie. Au mois de juillet dernier, nous étions à Lubumbashi pour sensibiliser les opérateurs miniers pour le respect de la règlementation de change en matière de rapatriement des devises de 40%.

Nous avons remarqué qu’il n’y a pas eu franc jeu joué par les miniers suivant les grandeurs et puissances d’exportation validées dans le système bancaire à partir de janvier, et au regard également de l’évolution des cours de matières premières connaissant une émergence sur le marché», a-t-il expliqué. Et d’ajouter : «Nous avons demandé aux miniers de savoir partager les gains de cette évolution. Nous avons aussi échangé avec les pétroliers producteurs, ils vont également céder les devises à la Banque centrale dans le cadre de la fiscalité».

Olitho KAHUNGU