La une Politique

MP-Rassemblement: la bataille gagne la rue

Nov 21, 2017 Rédaction Africa News

Dans une correspondance adressée au gouverneur André Kimbuta, le secrétaire général adjoint de la Majorité présidentielle, Joseph Kokonyangi, sollicite une autorisation en vue d’organiser une marche pour soutenir le calendrier électoral à la date du 28 novembre 2017, le même jour où l’Opposition compte se déployer dans les rues de Kinshasa pour protester contre la CENI

La tension est montée de plusieurs crans à Kinshasa entre la Majorité présidentielle -MP- et le Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement -RASSOP/Limete- au sujet de l’organisation des prochaines élections en RD-Congo. Au lendemain de la publication du calendrier électoral global par la Commission électorale nationale indépendante -CENI-, le 5 novembre dernier, fixant l’organisation combinée des élections présidentielle, législatives nationales et provinciales le 23 décembre 2018, le Rassemblement a accusé la Centrale électorale de violation de la Constitution et de l’Accord politique du 31 décembre 2016 qui prévoyait ces élections au plus tard le 31 décembre de cette année 2017.

Par cette publication unilatérale, le Rassemblement accuse également la CENI de rouler pour la prolongation d’une année supplémentaire du maintien de Joseph Kabila au pouvoir alors qu’il est déjà hors mandat constitutionnel depuis fin décembre 2016. «Le calendrier publié confirme une fois de plus qu’avec la CENI actuelle et Monsieur Joseph Kabila à la tête de l’Etat RD-congolais, on ne saurait espérer l’organisation rapide des élections en vue de l’alternance au pouvoir en RD-Congo exigée par le peuple RD-congolais», a réagi en son temps le Rassemblement en appelant le peuple souverain à la mobilisation et à la vigilance en vue de libérer le processus électoral d’ici le 31 décembre 2017 sur base de l’article 64 de la Constitution.

C’est en signe de protestation que le Rassemblement qui a arrêté une série d’activités de désobéissance civile, compte organiser une marche anti-calendrier électoral le 28 novembre prochain. Curieusement, la Majorité présidentielle a également choisi cette date pour se déployer à travers les grandes artères de la ville de Kinshasa en guise de soutien au même calendrier électoral. Le tout va se jouer dans la rue avec le risque de confrontation directe entre les militants protagonistes des deux plateformes politiques. C’est la voie des heurts publics. Quels sont les mobiles qui ont poussé la MP à organiser sa marche le même jour déjà avancé par le Rassemblement? Et où est passée la mesure, du reste illégale,  du gouverneur de Kinshasa interdisant toute manifestation publique?

 

Incertitudes et agendas cachés dans la démarche des deux familles politiques

Que se passera-t-il réellement à Kinshasa le mardi 28 novembre 2017 si le Rassemblement et la Majorité présidentielle tiennent à mobiliser leurs militants dans la rue d’un côté pour le rejet et de l’autre pour le soutien du calendrier électoral publié par la CENI? Difficile d’apporter une réponse exacte à cette question au regard des incertitudes et des agendas cachés qui entourent la démarche des uns et des autres. Les observateurs avisés conseillent plutôt la retenue devant cette voie empruntée par les politiques qui semble chancelante et glissante et dont les conséquences risquent de dépasser l’imaginaire.

Une correspondance vient de réveiller les esprits et alimente le débat au sein de l’opinion populaire et de la classe politique: celle de Joseph Kokonyangi Witanene, ministre de l’Urbanisme et Habitat et secrétaire général adjoint de la Majorité présidentielle. Ladite lettre informe le gouverneur de la ville de Kinshasa, également issu de la MP, de la volonté ferme de sa famille politique d’organiser une marche pacifique le 28 novembre prochain dans le but de soutenir le calendrier électoral publié par la CENI.

L’objet est bien mentionné dans le premier paragraphe: «J’ai l’honneur de venir auprès de votre responsabilité, vous informer qu’en date du 28 novembre 2017, notre famille politique Majorité présidentielle a programmé une marche pacifique dans le but de soutenir le calendrier électoral récemment publié par la Commission électorale nationale indépendante, CENI, en sigle». L’itinéraire est tracé au second paragraphe: «Notre marche partira de la Gare centrale avec comme point de chute l’esplanade du stade des Martyrs en passant par l’avenue de Libération».

Quand la lettre de la MP soulève des vagues

La lettre de la MP fait tressaillir les membres du Rassemblement et aiguise davantage leurs soupçons sur la CENI qu’ils accusent à tort ou à raison d’œuvrer pour la prolongation d’une année supplémentaire du maintien de Joseph Kabila Kabange au pouvoir en violation de la Constitution et de l’Accord politique de la Saint-Sylvestre. Se confiant à «AfricaNews», Patrick Nsakala Malezi, secrétaire général de l’Union démocratique africaine Originelle -UDA Originelle-, sociétaire de la Dynamique de l’Opposition et du Rassemblement, a mis la CENI en cause, la taxant d’être une branche électorale de la MP.

«Nous disons ainsi parce que la CENI, dans sa configuration actuelle, est au service de la Majorité au pouvoir et ne jouit pas de son indépendance. Nous avons des preuves tangibles. Regardez très bien, tout ce que la CENI dit et fait, est directement soutenu sans critique par la Majorité au pouvoir. Aucun geste de la CENI n’est contredit par le pouvoir. Ce comportement traduit une complicité entre la CENI et la MP», a-t-il déclaré.

La position du RASSOP/Limete suite à la publication du nouveau calendrier est sans équivoque pessimiste: «Le calendrier publié confirme une fois de plus qu’avec la CENI actuelle et Monsieur Joseph Kabila à la tête de l’Etat congolais, on ne saurait espérer l’organisation rapide des élections en vue de l’alternance au pouvoir en RD-Congo exigée par le peuple RD-congolais», a vigoureusement réagi le Rassemblement en appelant le peuple souverain à la mobilisation et à la vigilance en vue de libérer le processus électoral d’ici le 31 décembre 2017 sur base de l’article 64 de la Constitution.

 

Respect des droits et libertés fondamentales de l’homme

Le premier mouvement de protestation contre ce énième calendrier électoral a été observé le 15 novembre dernier dans quelques provinces du pays à l’appel des mouvements citoyens appuyés par le Rassemblement. A cette date, la Police a annoncé l’interpellation de quelques personnes à Goma, à Lubumbashi, au Kongo Central, à Kindu et à Kinshasa. Depuis, le climat reste tendu. Les propos tenus par certains opérateurs politiques et hauts gradés de la Police nationale ont provoqué un tollé de protestations non seulement dans l’opinion nationale mais aussi au sein de la communauté internationale.

Les chancelleries occidentales sont vite montées au créneau. Au communiqué publié la veille du déploiement des mouvements citoyens par la MONUSCO appelant les autorités du pays à respecter les libertés de réunion et de manifestation, la Police nationale a répondu par la dispersion sans pitié de tout rassemblement de cinq personnes dans la rue conformément aux instructions qui seraient venues du gouvernorat de la ville province de Kinshasa. Curieusement, le gouverneur du Nord-Kivu et d’autres grosses pointures politiques ont embouché la même trompette.

La RD-Congo tenue de prêcher par le bon exemple

Cette réaction à contre-courant de nombreuses autorités RD-congolaises a été fortement fustigée du fait qu’elle foule aux pieds les engagements pris en rapport avec l’Accord de la Saint-Sylvestre ainsi que le respect des droits et libertés fondamentales de l’Homme dont la RD-Congo fait partie. Or, dans un passé aux cendres encore chaudes, les dirigeants de la RD-Congo ont sablé le champagne à la suite de l’élection du pays au sein du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies.

Raison de plus pour la RD-Congo de prêcher par le bon exemple sur le terrain par la pratique quotidienne du respect strict des droits humains. Dans tous les cas, ceux qui n’ont pas encore intériorisé les vertus des droits et libertés fondamentales de l’Homme ainsi que la responsabilité qui incombe désormais à la RD-Congo de par sa position dans l’organe faîtier des Nations unies en cette matière, doivent désormais revoir leurs discours et comportements. L’organisation des élections ne dispense nullement les gouvernants de respecter les droits de l’homme, dont les libertés de manifester pacifiquement.

Au Rassemblement, on accuse la MP de vouloir une fois de plus étouffer la marche de l’Opposition par peur d’être rendu responsable de la non tenue des élections en RD-Congo. «En programmant sa marche le 28 novembre 2017, le jour où nous allons protester publiquement contre le calendrier unilatéral de la CENI qui prolonge les mandats des institutions actuelles en violation de l’Accord de la Saint-Sylvestre, la Majorité présidentielle tente de défier le peuple. Mais, ce peuple aura toujours raison sur elle», prévient un cadre du RASSOP/Limete.

 

Décalage des deux manifestations à des dates différentes et itinéraires distincts

Selon un autre observateur de la scène politique, le pouvoir en place tente de faire coïncider les dates des manifestations pour offrir un alibi au gouverneur de Kinshasa d’annuler les deux activités au motif qu’il y aurait affrontements entre les militants des deux camps, justifier ainsi le déploiement des forces de l’ordre dans la capitale et étouffer dans l’œuf l’expression démocratique de l’Opposition. Au-delà de la mesure illégale du gouverneur de la ville interdisant toute manifestation politique publique -et pourtant sur le terrain certains partis proches du pouvoir s’en donnent à cœur joie- les autorités de la ville doivent s’activer à faire respecter les libertés de réunion et de manifestation.

S’il est acquis que les deux plates-formes politiques tiennent mordicus à battre le pavé pour exprimer leur soutien ou rejet du calendrier électoral de la CENI, la sagesse recommande que les deux manifestations soient décalées l’une de l’autre à des dates différentes et itinéraires distincts. Ainsi l’opportunité sera offerte à chaque famille politique de démontrer son poids réel. La position de la Conférence épiscopale nationale du Congo -CENCO- qui se penchera sur la question des élections dans une assemblée générale extraordinaire du 22 au 24 novembre 2017, est vivement attendue pour fixer l’opinion sur la suite des événements.

 

 Octave MUKENDI