Société

Pierre-Aimé Mobembo: «Les RD-Congolais doivent comprendre l’importance des archives»

Juin 09, 2017 Rédaction Africa News

Le monde entier célèbre le 9 juin de chaque année la Journée des archives. Pour qu’une bibliothèque existe, il faut que les archives fonctionnent dans un premier temps, a fait savoir Pierre-Aimé Mobembo, conservateur et directeur chargé de la formation à l’Institut des archives nationales à la faveur d’un entretien accordé à «AfricaNews». A l’en croire, si les archives disparaissent, le pays se retrouve sans histoire. «Il n’y a personne dans le monde qui vit en dehors du phénomène archives», souligne-t-il à l’occasion de la Journée mondiale des archives. Entretien.

Pouvez-vous nous définir le mot archives?

Ce mot a au moins une vingtaine de définitions. Pour mieux communiquer avec les apprenants, je leur présente le carré des archives qui comprend 4 définitions importantes. Dans ce carré, nous prononçons de gauche à droite le mot anglais the best signifiant le meilleur c’est-à-dire le meilleur du monde documentaire. Sachez que pour qu’une bibliothèque existe, il faut que les archives fonctionnent dans un premier temps et c’est la même chose pour qu’un centre de documentation qui ne peut fonctionner sans elles. Pour les définir, nous dirons que c’est l’ensemble des documents produits et reçus par un service ou par un individu. C’est aussi le bâtiment abritant cet ensemble en question. Elle fait également office de service c’est-à-dire les techniciens, spécialistes formés pour traiter les documents d’archives et les conserver. Les archives signifient tout ce qui peut servir de preuve pour écrire l’histoire d’une institution soit d’un pays. Dès que cela peut servir comme preuve, il devient un document d’archives. Par exemple, le jour où nous trouverons la voiture avec laquelle Lumumba était parvenu à fuir sur la route de l’ex-province du Bandundu vers la fin de sa vie, sera un document d’archives.

Quelles sont les importances des archives?

Quand on ne sait pas d’où l’on vient, on ne peut pas savoir où l’on est et quand on ne le sait pas, l’on ne peut savoir où l’on va et d’où on vient? Il n’y a que les archives qui peuvent parler. Pour qu’une entreprise, un ministère ou un pays fonctionne normalement, l’on se pose des questions telles que: qu’est-ce que vous étiez hier? Comment vous fonctionniez hier? Et, il n’y aura que les archives qui vont y répondent. Il n’y a personne dans le monde qui vive en dehors du phénomène archives, que l’on ait étudié ou pas.

Pouvez-vous nous résumer l’historique de l’Institut des archives nationales?

En 1947, durant la période coloniale, ce service des archives nationales se nommait section des archives au Congo Belge. Elle a été créé parce que la Belgique avait, pendant la seconde guerre mondiale, perdue 4 dépôts d’archives bombardés par les Allemands. C’était donc urgent de reconstituer le monument à partir de la colonie au Congo Belge. En 1955, il y a eu la Conférence de Bandung, accordant aux colonies l’indépendance. Le Roi Baudouin est venu ici conscientiser ses compatriotes afin de prendre des dispositions pour préparer l’indépendance du Congo Belge. C’est en 1957 que l’on a aménagé ce bâtiment abritant actuellement l’Institut des archives nationales. Sa fonction première était de dépôt relais tel qu’on a un service d’archives d’une entreprise, d’un ministère. L’on ne conserve que les documents les plus importants pour gérer l’institution. Dès que l’on n’en a plus besoin, on les dispose aux archives nationales. Cela se déroulait de la manière suivante: on allait, par exemple, à Coquilhatville -Mbandaka-, on ramasse toutes les archives, elles arrivent au dépôt relais à Léopoldville, sont classées dans les malles pour la Belgique. En 1960, nous sommes devenus indépendants et ce dépôt relais s’est transformé en dépôt national.

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez?

Lors d’un voyage que j’ai effectué en Belgique pour aller corriger l’histoire du Congo qu’ils sont en train de réécrire, j’ai profité de cette occasion pour visiter les archives coloniales de notre pays. Leur lieu de conservation se trouvait au 5ème niveau du sous-sol. Dès que l’on veut les consulter, il vous suffit d’appuyer sur un bouton pour y accéder. La Belgique avait promis de restituer à notre pays, le double des copies de ces archives pour bien administrer le pays. Malheureusement, cette décision est étouffée depuis 5 ans. Pourtant, il faut relancer ce dossier. Et les Belges ont compris que jusqu’à présent, nous n’avons pas un emplacement pour accueillir toute cette paperasse. Il y a un problème de bâtiment, car on ne peut pas abriter toutes les directions. En plus, nous devons mener le combat pour qu’il ait un statut comme tel pour le personnel, le problème de certaines primes qui n’ont pas encore été perçues. En gros, nous avons un sérieux problème de gestion de la mémoire nationale.

Comment sont conservées les archives?

Nous faisons de notre mieux pour maintenir leur état. Le magasin tel que les Belges l’avaient aménagé est propre, bien entretenu. Au rez-de-chaussée, nous avons les archives contemporaines de 1960 à nos jours c’est-à-dire de tous les ministères, entreprises, etc. Mais il n’y a pas assez de place. En haut, c’est réservé aux archives historiques notamment pour l’époque coloniale. Malheureusement, nous ne possédons que le ¼ de ces documents.

Nous constatons que la plupart des monuments sont à l’abandon et que les avenues sont débaptisées du jour au lendemain. Comment jugez-vous cela?

Ce n’est pas pour rien que ces monuments ont été placés à ces endroits bien précis. C’est pour écrire l’histoire du Congo Belge, cela a une signification historique. Tôt ou tard, il faudra qu’on arrive à restituer ces monuments là où ils étaient avant. Ce n’est pas à encourager, on élimine les preuves de l’histoire du pays et cela constitue un danger pour notre histoire. Certains RD-Congolais ne comprennent pas l’importance des archives. La RD-Congo doit définir autrement le mot archives, car ces monuments constituent des documents d’archives. C’est un combat que nous devons encore mener et faire en sorte que notre population comprenne leur importance.

Harmony FINUNU