Politique

Bimwala: l’Accord de la CENCO est un supplément politique de celui de la Cité de l’UA

Jan 10, 2017 Rédaction Africa News

Une dizaine de jours après la signature, le 31 décembre, de l’accord dit de la Saint Sylvestre, le professeur Roger Bimwala, recteur de l’Université William Booth -UWB- et chargé de communication de la Société civile aux travaux de la Cité de l’Union africaine et de la CENCO, s’est prêté volontiers, à la faveur d’une interview accordée à «AfricaNews», à un exercice de comparaison des accords issus des deux rencontres hautement capitales pour l’avenir de la RD-Congo. Mais le jeu n’a pas été si facile pour ce fils de religieux qui, par moment, semblait s’interdire d’affirmer crûment ce que son intellect lui dictait. Il y mettait alors une dose de diplomatie sans bien sûr altérer le fond de sa pensée. «Quand j’examine en tant que homme des sciences, la méthodologie de Kodjo et celle des archevêques sont différentes. D’ailleurs, ils avaient affaire à deux auditoires différents. Kodjo a dû manœuvrer pour 300 personnes, pour les Catholiques c’était juste 30 personnes en vase close, dans une chambre haute fermée. Alors que les assises de Kodjo ouvert. La médiation de Kodjo était très difficile parce qu’elle a accouché des documents dont se sont servis les Catholiques», a-t-il souligné. Et de poursuivre que l’Accord du 18 octobre 2016 a apporté la paix, balisé la voix et la tension a baissé. Il a également estimé que l’Accord du 31 décembre est allé dans le même sens parce qu’il a intégré d’autres acteurs. «Toute proportion gardée, je ne pourrais que féliciter les deux médiations qui ont apporté deux accords complémentaires. D’ailleurs, moi, j’appellerai l’Accord de la CENCO: supplément politique à l’Accord de la Cité de l’Union africaine», a-t-il argué.
Le ministre de l’Energie, Matusila vient d’affirmer dans une tribune que l’Accord de la Cité de l’Union africaine et celui du Centre interdiocésain sont «bonnet-blanc, blanc-bonnet». Entant que participant à ces deux assises, qu’en pensez-vous?
Je pense que l’Accord de la Cité de l’UA est un très bon accord. Il a été très large aussi bien dans les matières traitées que dans la présentation de l’accord. C’est-à-dire, le nombre d’articles, le nombre de personnes qui ont participé à son élaboration, il y a eu près de 300 personnes et des catégories différentes. Nous, au niveau de la Société civile, nous étions plus de 65. Imaginez-vous la somme des intelligences! C’est accord est le fondement de l’Accord du 31 décembre. On ne peut pas parler de l’Accord du Centre interdiocésain sans parler de celui du 18 octobre. L’Accord du 31 décembre a appuyé sur trois points précis: les mesures de décrispation, le calendrier et le comité de suivi. Ce sont les points qui y ont été plus explicités, mais ces derniers étaient également abordés à la Cité de l’Union africaine. L’Accord de la CENCO n’est qu’une confirmation, je peux dire, de l’Accord de l’Union africaine avec une mise en exergue de trois points que je viens de citer. Pour moi, comme je l’ai toujours dit, ce qui n’a pas tué l’Accord du 18 octobre le renforce. Pour conclure, je précise que l’Accord du 31 décembre vient seulement renforcer celui du 18 octobre qui en est le soubassement.
L’Accord de la CENCO, vous l’avez dit, vient raccourcir le délai du calendrier électoral le ramenant en décembre 2017. L’on dit que ce n’est qu’une date politique et non technique. Et donc, il sera difficile si pas impossible d’avoir des élections à cette échéance. Votre avis?
Il y a ce qu’on appelle un temps politique et un chronogramme politique, et un temps technique et un chronogramme technique. Ici, les politiques, surtout nos amis du Rassemblement, ont toujours soutenu que les élections devaient avoir lieu en 2017. Pour eux, c’est un temps qui amène à des contraintes politiques parce qu’ils se sont engagés vis-à-vis de leurs sociétaires. Il leur est difficile de tenir un autre discours. Mais c’est au technicien de se rapprocher le plus possible de ce temps politique parce que ça lui met une pression ou mieux ça le motive à trouver des raccourcis pour coller le plus au temps politique. Pour moi, je pense que ce que les politiciens peuvent déclarer n’est pas toujours ce que le technicien peut réaliser. Que veux-je dire? On perd déjà beaucoup de temps dans des négociations si on veut réaliser les élections à la date retenue par l’Accord du 31 décembre. On aura déjà perdu le mois de janvier. Et même pour l’Accord d’octobre, on a perdu trois mois. Ce qui va nous ramener à ce que les deux accords vont converger dans leur échec si on continue à perdre du temps.
Quelle a été la touche particulière de la Société civile lors de ces assises?
La touche particulière de la Société civile a été pleinement donnée lors de l’Accord du 18 octobre 2016. Lors de cette assise, comme je l’ai dit on était 62, on a beaucoup travaillé. On nous a donnés un document sur lequel on a travaillé pour donner les propositions de la Société civile. Et beaucoup d’éléments repris dans l’Accord du 18 octobre émanent de la Société civile. Come cet accord a été reporté au Centre interdiocésain, l’apport est indéniable. Mais la particularité de l’Accord du 31 décembre est que la Société civile a été l’église au milieu du village. C’est-à-dire, quand ça bloquait entre les deux camps, la Société civile venait attendrir tant soit peu les cœurs avec des contre-propositions. Par exemple, en voulant absolument décapiter la CENI, cela remettait en cause le calendrier des élections. Dès le moment où la Société civile a dit que le président de la CENI émanant de la Société civile, nous ne jugeons pas l’opportunité de le changer parce que, pour nous, le calendrier est plus important que la personne. Cela a décanté la situation. Et puis sur le calendrier: trois mois ou deux mois, pour la Société civile, ça ne vaut pas la peine de perdre des vies humaines pour deux ou trois mois. Et nous ne savons même pas ce qui va se passer en décembre 2017 ou avril 2018, il y aura le déluge… La Société civile a apporté parfois la parole de raison. Ce qui fait qu’on a pu voir la Majorité ou, plus particulièrement, le Rassemblement revenir sur ses positions. La Société civile a toujours voulu se mettre entre les deux groupes pour appuyer ce qui allait dans le sens du bien-être de la population, pousser les gens à signer. Et refuser tout ce qui allait contre les intérêts de la population. D’ailleurs, nous exhortons, d’un côté, la Majorité présidentielle à faire que les cas qui peuvent être réglés pour la décrispation, soient réglés rapidement et, de l’autre, que le Rassemblement également renvoie à plus tard les points qui ne sont pas essentiels. On a toute une année pour régler toutes ces questions.
Concernant la Primature, le Rassemblement qui était pourtant uni, a perdu, depuis le 31 décembre, une dizaine des jours, juste pour se mettre d’accord sur la personne qui assumera ce poste. Quel commentaire vous en faites?
Je n’ai pas d’avis sur cette opposition. Je n’y suis pas, il m’est difficile de donner un avis. Mais nous savons tous que lorsqu’il y a partage des postes, cela crée des difficultés. Pas seulement en politique, même quand on hérite des parents. C’est pourquoi nous en appelons à la hauteur, à l’élévation des âmes. Que les personnalités se dépassent pour qu’ils regardent l’intérêt du pays que des intérêts personnels ou partisans. Si cela se passe comme on l’entend, pour les gens du Rassemblement, je les appelle à revenir à la raison, à regarder ce qui les unit plutôt que ce qui les divise et à faire de telle sorte qu’ils aient un apport important pour la reconstruction de notre pays. Parce que c’est ce qu’ils cherchent! On ne vient pas au pouvoir pour le pouvoir, on vient pour l’intérêt général. Cette discussion aura aussi lieu de l’autre côté. Ne croyez pas que ceux qui sont actuellement au gouvernement céderont facilement simplement parce qu’il faut faire de la place aux autres. Mais les grands hommes se dépassent. Ils regardent les choses avec beaucoup de recul. L’intérêt de la nation doit primer que ce soit du côté de la MP, de l’Opposition ou de la Société civile. Qui sera bon pour mener le combat, réaliser le calendrier, mettre en œuvre tout ce qui a été signé dans les accords, qui pourra fédérer un grand nombre, qui pourra drainer des moyens en RD-Congo, qui pourra mieux gérer? Nous sommes 80 millions donc il y a des gens qui sont là.
Vous avez le privilège d’avoir assisté aux deux médiations. Si Edem Kodjo a été taxé de Kabiliste par le Rassemblement, la CENCO, elle, a été depuis un long moment avec l’Opposition: à Gorée, au Conclave,… On dit de son cahier de charge présenté à la Cité de l’UA qu’elle n’est pas différente de celui du Rassemblement. Avec tout ça, pensez-vous que la CENCO a bien été dans sa peau de médiateur?
Je suis fils de pasteur, naturellement, j’ai beaucoup de respect, d’estime, de la considération pour les hommes de Dieu, qu’ils soient Catholiques, Protestants, Eglise de réveil,… donc, je ne peux porter un jugement direct sur ça. Deuxièmement, le Chef de l’Etat Joseph Kabila, lui-même, leur a fait confiance et jamais je ne l’ai entendu dire qu’il a été déçu par le travail abattu. Vous dites que la CENCO a été avec le Rassemblement, mais elle a également été à la Cité de l’Union africaine. Mais là où je suis moins d’accord avec ce qui s’est passé à la Cité de l’Union africaine ce que, pour moi, nos amis Catholiques qui font également partie de la Société civile n’avaient pas à se retirer. Personnellement, j’ai trouvé que c’était maladroit de se retirer suite aux événements malheureux de septembre dernier. Je pense que c’est en étant dedans qu’on peut faire porter la voix et surtout la voix de la raison. De l’autre côté, quand j’examine en tant que homme des sciences, la méthodologie de Kodjo et celle des archevêques sont différentes. D’ailleurs, ils avaient affaire à deux auditoires différents. Kodjo a dû manœuvrer pour 300 personnes, pour les Catholiques, c’était juste 30 personnes en vase close, dans une chambre haute fermée. Alors que les assises de Kodjo ouvert. La médiation de Kodjo était très difficile parce qu’elle a accouché des documents dont se sont servis les Catholiques. Côté parti pris, il m’est difficile de faire un commentaire, je ne le pense pas. Je laisse ses soins là aux analystes politiques. Ça sera un jugement superficiel parce que le plus important c’était d’arriver à un résultat qui apporte la paix. L’Accord du 18 octobre a apporté la paix, il a balisé la voix et la tension a baissé. L’Accord du 31 décembre est allé dans le même sens parce qu’il a intégré d’autres acteurs. Si on était à 300, avec cet accord de la CENCO, on est à 315-320. Toute proportion gardée, je ne pourrais que féliciter les deux médiations qui ont apporté deux accords complémentaires. D’ailleurs, moi, j’appellerai l’Accord de la CENCO: supplément politique à l’Accord de la Cité africaine.
Votre dernier mot…
Time is money. La vie des gens n’a pas de prix. Si on se fixe des échéances, il faut vite se mettre au travail pour ne pas être surpris que tout le temps soit passé dans des discussions de salon alors que le travail qui nous attend est immense.
Hugo Robert MABIALA