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UDPS vs G7-AR: la guerre des Oppositions a commencé, mais qui a plus de chance de l’emporter?

Mar 12, 2018 Rédaction Africa News

Depuis le samedi 10 mars 2018, des forces politiques et personnalités proches de Moïse Katumbi Chapwe tiennent leur conclave à Johannesburg, en Afrique du Sud. L’ancien gouverneur du Katanga a mobilisé du lourd: le G7, l’AR mais aussi l’UDA-O de Claudel Lubaya, le FCR de Jean Bertrand Ewanga ou encore le député Sam Bokolombe. Bref, des forces politiques de poids et des personnalités politiques -des intelligences- de première importance. Mais si on pouvait espérer que les tirs croisés contre la nouvelle grande famille politique à naître à Sandton, le quartier le plus chic d’Afrique du Sud, viendraient de la MP kabiliste, il est surprenant de constater que les salves en règle sont plutôt venues de l’UDPS. La guerre des Oppositions a-t-elle commencé? Premier à ouvrir la canonnade, Peter Kazadi, conseiller juridique de feu Etienne Tshisekedi. Invité d’une chaîne-télé de Kinshasa, il lâche: «L’UDPS et Félix Tshisekedi ne peuvent pas soutenir la candidature de Moïse Katumbi, il partage l’échec de Joseph Kabila». Autre chantre de Félix Tshilombo Tshisekedi, Serge Kindomba enchaîne: «Moïse Katumbi et son proche Salomon Della n’ont pas obtenu les passeports qu’ils avaient sollicités à l’ambassade de RD-Congo en Belgique. Comment se sont-ils trouvés en Afrique du Sud? Ce ne sont de vrais opposants. La vraie Opposition est rangée derrière son leader Félix Tshilombo Tshisekedi».

Des bosses et des plaies

Il n’en fallait pas plus pour enflammer la toile. Des partisans des deux blocs s’injurient copieusement et se promettent des bosses et des plaies. Certes, Félix Tshilombo a temporisé en rappelant ses troupes à l’ordre. Il a rappelé à ses partisans dont la tolérance n’a jamais été la première vertu, qu’il est parfaitement normal que «son frère Moïse Katumbi» constitue sa plateforme électorale pour soutenir sa candidature et que l’ancien gouverneur du Katanga lui en avait parlé depuis 2017. Mais cette passe d’armes démontre, si besoin en était encore, le climat de méfiance qui sévit entre les pro-Katumbi et les supporters de Félix Tshilombo. Mais qui de deux dispose de plus de chances que l’autre, au-delà des affrontements sur les réseaux sociaux? A la comparaison, Moïse Katumbi Chapwe dispose d’une avance notable sur son adversaire de l’Opposition. En effet, il reste à ce jour la bête noire du régime de Kinshasa, l’opposant dont le pouvoir ne veut nullement voir revenir au pays, retour considéré comme la ligne rouge à jamais franchir. Et pour cause: l’homme accumule de nombreux avantages. Il est généralement considéré par les RD-Congolais comme le meilleur gouverneur de province de la 3ème République, encensé même par des adversaires actuels comme Vital Kamerhe qui, alors président de l’Assemblée nationale, invitait publiquement les ministres nationaux à venir se recycler sur la gouvernance auprès de Katumbi. Richissime homme d’affaires, il dispose d’une expérience de gestion éprouvée aussi bien dans les affaires que de la chose publique pour avoir été gouverneur de la province la plus riche du pays neuf ans durant. Président du TP Mazembe, l’une des plus grandes équipes de foot d’Afrique, il a une image de bon manager dans la population de presque tout le pays. L’homme dispose également d’une aura internationale -le fameux carnet d’adresses- que ne peut égaler aucun homme politique congolais.

Sans expérience connue

Bien plus -et ce n’est pas le moindre des avantages- Moïse Katumbi est le seul à même de mobiliser autant de moyens -si pas plus d’ailleurs- que la MP au pouvoir pour battre efficacement campagne à travers l’ensemble du pays. Bien financés, les partis et regroupements du G7 et de l’AR, auxquels s’ajoute l’UDA-O bien implantée dans le centre du pays, peuvent tenir la dragée haute au pouvoir en place, et l’emporter dans un contexte d’application de la nouvelle loi électorale qui, en éliminant les petits partis, ne laissera en place qu’un petit nombre de candidats permettant aux électeurs de mieux distinguer l’appartenance de chacun avant de faire le choix. De son côté, Félix Tshilombo, sans expérience professionnelle connue et qui compte trouver son premier vrai job à la tête du pays, espère capitaliser sur le souvenir de son illustre père. Ce qui est sûr à l’avance, ce que les milieux Luba-Kasaï lui sont d’ores et déjà acquis, mais cela est loin de lui assurer la victoire au niveau national. Le parti sur lequel il compte, l’UDPS, est plus que jamais réduit à sa plus simple expression. Déjà à l’époque du patriarche Etienne Tshisekedi, à force de liquider son personnel politique à coup «d’auto-exclusion» -des «purges dignes du stalinisme», accuse François Lusanga, un des Treize parlementaires fondateurs de l’UDPS- le parti n’était plus au meilleur de sa forme.

Aux législatives de 2011, il n’était capable d’aligner que 344 candidats sur 500 sièges à pourvoir. La plupart d’entre eux n’étant, en réalité d’ailleurs que des figurants sans le moindre moyen pour battre campagne. Ayant fait le tour de l’ex-Bandundu à l’époque, nous constations que, de Kenge à Bandundu-ville en passant par Kikwit, Kutu, Inongo, Gungu, Bulungu, Idiofa et Masimanimba, seuls les candidats Papy Niango et Claude Kiringa avaient pu payer des affiches de campagne pour eux-mêmes et pour Etienne Tshisekedi respectivement à Bandundu-ville et Kutu. En 2015, les candidatures aux élections provinciales projetées, mais qui n’eurent pas lieu finalement, démontrèrent encore une fois que la faiblesse de l’UDPS s’était aggravée.

En effet, sur 692 sièges de sièges à pourvoir dans 189 circonscriptions, l’UDPS/Tshisekedi n’avait aligné que 276 candidats dans 81 circonscriptions, alors que l’UNC de Kamerhe totalisait 523 candidats dans 150 circonscriptions et le MLC de Jean-Pierre Bemba, 519 candidats dans 158 circonscriptions. A l’époque déjà, le MSR de Pierre Lumbi alignait 681 candidats dans 184 circonscriptions, auxquels s’ajoutaient les 519 candidats dans 113 circonscriptions de son allié-doublon MCR.

Seul adversaire redouté

Depuis cette date, l’UDPS ne s’est pas ragaillardie. Elle n’a rien fait pour se renforcer. Bien au contraire. Tous ceux dont la présence apportaient une caution nationale à ce parti, les Albert Moleka, Claude Kiringa, Willy Vangu, Valentin Mubake, Raymond Kahungu, etc., ont été liquidés l’un après l’autre, pour laisser la place au seul Félix Tshilombo. C’est réussi, mais l’UDPS est plus vide que jamais. Son audience se limite à l’espace Luba-Kasaï et une partie de Kinshasa. Déjà, en 2011, même au Kasaï, le Sankuru, Kabinda, Mweka, Ilebo et Tshikapa avaient fait chorus derrière Joseph Kabila… Bref, sans moyen ni pour battre campagne ni même pour organiser un congrès digne de ce nom, à la tête d’un parti esseulé et sans alliés de poids, Félix Tshilombo se rendra bientôt compte que porter le nom de Tshisekedi ne suffit pas pour faire un grand candidat. Face au pouvoir en place, Moïse Katumbi reste plus que jamais le seul adversaire redoutable et redouté, parce que le seul à même de battre n’importe quel candidat du régime dans les urnes. Le pouvoir le sait mieux que quiconque. Et il s’emploi, pour l’instant en tout cas, à lui barrer la route en utilisant la justice du pays.

Aristote KAJIBWAMI
Grands-lacs.org